Historique et description détaillée

1/. - Le début... et la découverte ( ou "l'invention").

En 1979, après avoir passés nos vacances en caravane pendant une vingtaine d'années, nous avions décidé de nous offrir une petite résidence secondaire en Auvergne, notre région préférée.

Le hasard nous mena à Vinzelles. La maison et sa petite cour bordée d'un ruisseau et bien exposée plein sud nous plut immédiatement et nous décidâmes de l'acheter malgré le très mauvais état de l'ensemble. Un exemple? Le sanitaire était composé d'un seul robinet et d'un évier tandis que le compteur électrique afficha "généreusement"... 5 ampères pour trois ampoules de 25 watt et une seule prise de courant. A l'exception de quelques travaux trop spécialisés, nous avons fait nous mêmes tous les travaux - de quoi occuper les vacances!

C'est lors du nettoyage du grenier dans la partie la plus élevée de la maison que nous avons pour la première fois vu des "traces de peinture" sur un des murs.Fist lines of paint found ... En fait les murs étaient couvert d'un crépi ancien et très friable qui était déjà partiellement tombé révélant ainsi ces peintures cachées depuis plusieurs siècles.

Nous décidions de faire tomber le reste de ce crépi puisque ce grenier devait servir de chambre pour les enfants. Poursuivant le nettoyage des traces de peinture sont apparues sur les quatre murs.

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Ce qui éveilla réellement notre intérêt fut la trouvaille représentée ci-dessus . Le '1' ne ressemble t'il pas à la tête d'un cheval? Et le '2', ne dirait on pas un bouclier? Le '3' ne serait ce pas un heaume avec sa plume rouge? Des petites fleurs tel que le '4' nous en avions trouvés partout sur les quatre murs.

2/. - Que faire maintenant ???

N'ayant aucune connaissance en peintures murales anciennes, mais ayant quand même le sentiment d'avoir trouvé quelque chose "d'intéressant", nous nous sommes adressés au Château de Parentignat (famille De Lastic) puis au Château de la Priat (famille d'Estree - d'Arcy). Madame d'Estree eut la bonne idée de nous mettre en contact avec Monsieur l'Abbé Jean Merminod. Celui-ci, après nous avoir rendu visite, s'empressa de revenir avec son ami le Docteur Michel Toulemont sstt, éminent héraldiste et membre de l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Clermont-Ferrand.

3/. - Premières conclusions & actions

Les premières conclusions:

- peintures murales de motif non-religieux datant d'environ 1300-1325. (Ces dates sont basées sur le modèle du heaume dont un exemplaire existe au musée de la ville de Zurich en Suisse)

 heaume de Zurich . picture

- peintures uniques car, si de cette époque il subsiste un grand nombre de peintures religieuses, les peintures laïques à motif héraldiques sont assez rares

- origines mystérieuses car rien ne semble justifier des peintures murales dans cette petite maison d'un village inconnu sans passé historique connu.

Les premières actions:

- Le Docteur Toulemont fit une présentation devant l'Académie de Clermont-Ferrand (1981) - voir copie ci-après.

- Contact fut pris avec les responsables des Monuments Historiques de la région d'Auvergne qui rapidement demandèrent au propriétaire l'autorisation de procéder au classement. (M.H. depuis 1991)

- Moins de trois ans (1982) après leur découverte (1979) les peintures furent "inscrites" (I.S.M.H.) restaurés et protégés.


PRÉSENTATION FAITE PAR MICHEL TOULEMONT devant L'ACADÉMIE DES SCIENCES, BELLES LETTRES ET ARTS de CLERMONT FERRAND

MARS 1981


DÉCOUVERTE D'UNE PEINTURE HÉRALDIQUE EN AUVERGNE.

Connaissant notre intérêt pour l'héraldique, un de nos bons amis Monsieur l'Abbé Jean Merminod, membre correspondant de notre académie, nous fit à l'automne dernier par d'un ouï dire; dans un petit village des environs de Sauxillanges le nouveau propriétaire d'une maison aurait dans son grenier, découvert des peintures murales anciennes : faux appareil surmonté de blasons. Ce genre de découvertes incite en général à douter de son ancienneté - particulièrement le faux appareil. Mais le fait que ce soit dans un grenier nous à incité à demander au propriétaire de nous recevoir, ce qu'il fit fort aimablement et nous conduisit au lieu de sa trouvaille où, à notre ébahissement, nous nous trouvâmes devant une grande composition héraldique d'environ milieu du XIV ème siècle.

Cette peinture murale assez altérée occupe les quatre parois d'une pièce rectangulaire de cinq mètres sur quatre, dont tout l'angle Nord Est est dissimulé par un crépi récent . Son étude et les recherches qu'elle implique seront longues et nous ne pouvons actuellement que faire une description sommaire.

On peut distinguer trois parties: le mur pignon Est avec la scène principale, les parois Nord et Sud de composition similaires et le mur pignon Ouest.

Le mur pignon Est:

La mi-partie Sud est occupée par un cavalier, en grand harnois lancé au galop vers la gauche de l'observateur, la lance en arrêt, à l'horizontale. Des manques dans le crépi récent qui couvre la mi partie Nord de ce mur montre que l'autre moitié de la scène subsiste dessous (au moins partiellement). Figuration d'un tournoi où s'affrontent deux cavaliers lancés au galop de leurs montures. Scène importante, car à partir d'elle s'ordonne le reste du décor, et surtout par un détail qui permet d'avancer un datation: le milieu du XIV ème siècle. Le cavalier porte le heaume fermé (1) ovoïde à calotte arrondie; forme que l'on trouve dans le Wappenrolle von Zurich (2) daté avec assez de précision des années 1335 - 1345. Au musée suisse de Zurich est exposé un casque de ce type (2ème tiers du XIV siècle) (NB modifié ultérieurement à Zurich en 1300-1325).dont l'intérêt est de conserver au sommet de la calotte la pièce tubulaire dans laquelle se fixait le cimier dont il ne reste ici que la moitié droite. Le champ de l'écu étant rouge il en est de même du cimier (bouquet de plumes?) et de la housse du cheval, elle aussi armoriée. A noter les armes: de gueules à la croix d'argent.

(1) il n'avait que d'étroites œillères et quelques petits orifices pour la ventilation, sans visière mobile qui apparaît à la fin du XIV siècle amenant un changement de forme de casque.

(2) Bibliothèque Nationale Suisse déposé au Musée National de Zurich.

Les parois Sud et Nord.

Elles avaient un décor similaire: un pigment rouge dessine un compartimentage, en faux appareil, orné de quintefeuilles compris entre deux larges bandes horizontales. L'inférieure jaune bordée d'un filet supérieur rouge et d'un inférieur noir d'où pendent des noeuds de ruban rouge et noir. Le supérieur est en deux parties, jaune en haut et rouge en bas à séparation ondée.

Au dessus de la bande d'encadrement supérieure se trouve une série d'écus armoriés, écus de forme classique en triangle plus haut que large aux bords latéraux droits en haut et incurvés en bas formant une pointe; forme fixée dès la fin du XIII ème siècle.

Malgré leur état actuel certains écus sont encore blasonnables (avec une certaine incertitude pour quelques uns).

Paroi Sud: (à partir de l'angle Sud-Est de la Paroi):

le 1er: de gueules à deux fasces d'argent;

le 2 ème: de gueules au lion d'argent;

le 3ème: difficile à déchiffrer dans son état actuel;

puis une longue altération de la paroi, avec une baie moderne et le montant droit d'une baie ancienne.

Un 4ème: (presque dans l'angle Sud-Ouest) d'argent billeté de gueules.

Les parois Nord:

dont seule la moitié Ouest est visible, l'autre étant recouverte du même crépi qui dissimule la moitié de la scène au cavalier. A partir de l'angle Nord-Ouest quatre écus sont visibles:

le 1er: de pourpre (3) au sautoir d'argent, qui a peut être été cantonné de meubles actuellement indéfinissables;

le 2ème: de gueules à la fasce d'argent; il ne subsiste que la fasce et la moitié inférieure de l'écu dans laquelle il n'est pas exclu qu'il y ait eu un meuble, l'état actuel ne permet pas de le dire;

le 3ème: peu lisible actuellement, on ne distingue que les vestiges de couleur rouge;

le 4ème: dont seul subsiste le tiers inférieur d'un champ uni de gueules.

(3) on ne peut dire avec certitude avant nettoyage. La couleur du champ de cet écu diffère nettement du gueules - d'un rouge très vif - des blasons voisins, mais l'examen de ceux de la paroi Sud montre que par endroits le rouge a tendance à s'altérer et à virer au brun violacé. Malgré son extrême rareté, cette couleur est déjà mentionnée au milieu du XIII ème siècle: le royaume de Léon, des familles anglaises (Lacy) et de nombreux chevaliers de la Table ronde au (XIV et XV ème siècle( Perceval, Agravain etc.)

Le mur pignon Ouest:

opposé aux cavaliers il avait un décor particulier. Le même faux appareil que sur les parois Nord et Sud mais terminé à sa partie supérieure par deux bandes horizontales jointives, celle du bas rouge avec au dessous une série d'écus armoriés plus petits que ceux des parois Nord et Sud; ils sont nettement visibles mais indéchiffrables dans l'état actuel. La bande supérieure, jaune, était surmontée d'un grand lion héraldique dont subsiste, très nette, une patte postérieure. Tout le reste a été altéré lors de l'abaissement du pignon du toit. Le lion était jaune avec de grandes griffes noires : d'or armé de sable. En bas et à droite du lion postérieurement au décor primitif, semble t'il, une main moins habile a ajouté un écu plus grand que les autres, inblasonnable dans l'état actuel.

Avant le recours prévu à l'ordinateur l'outil de recherche le plus utilisé est l'armorial général de Rietstap et de sa table le dictionnaire des figures héraldiques de Renesse, qui bien que le plus complet à ce jour ne recense que la moitié environ des armoiries qui furent réellement portées ; de plus il présente de très graves lacunes pour l'époque médiévale qui nous occupe ici. Quelques exemples vont nous donner une idée des difficultés rencontrées.

- de gueules à la croix d'argent (écu du cavalier), on pense évidemment en premier aux comtes de Savoie, mais l'armorial de Rietstap recense vingt six familles ayant porté ces armes, dont la moitié non françaises;

- de gueules à deux fasces d'argent: vingt quatre familles recensées dont une vingtaine non françaises; c'est pourquoi la mise à jour du deuxième cavalier est primordiale;

- d'argent semé de billettes de gueules, une seule famille recensée de l'Ostoire (Maine).

Pour l'autre l'état actuel ne permet pas d'avancer des identifications possibles ou probables, sur la paroi nord, le sautoir du premier écu était il ou non cantonné de meubles? il en est de même des autres.

Seul un nettoyage de l'ensemble permettra d'être beaucoup plus précis et surtout une synthèse.

L'extrême rareté des peintures murales civiles du moyen âge, son intérêt pour l'Auvergne nous amène à publier sans retard cette découverte afin de lui donner les suites qu'elle nécessite, car toutes les recherches restent encore à faire et dans plusieurs disciplines. A la manière de Quintilien nous dirons: qui à peint cette vaste composition de vingt mètres de long? A quoi était destiné ce décor? Comment a-t-il été peint? Pourquoi et pour qui? et ce au sommet d'une petite maison de vingt mètres carrés dans un village dont on ne sait à peu près rien; maison qui ne présente pas de caractères particuliers apparents.

En conclusion nous nous trouvons devant une peinture murale du milieu du XIV ème siècle - altérée bien sur mais qui n'a subi aucune retouche - et dont la présence rarissime sur les quatre parois d'une pièce permet, pour une fois, de reconstituer l'ordonnancement complet d'un décor héraldique médiéval.

La première démarche nous parait être de demander une protection suivie d'une restauration.

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